Réforme de la facturation électronique : décryptage des cas d’usage
Depuis le recentrage du Portail Public de Facturation sur la gestion de l’annuaire et la centralisation des données fiscales, les factures B2B doivent désormais transiter uniquement par des Plateformes Agréées. La réforme repose sur 44 cas d’usage officiels qui structurent les flux, les statuts (envoyée, reçue, payée…) et les échanges de données.
Nous décryptons chaque cas pour vous aider à cadrer votre projet et sécuriser votre conformité.

Les 44 cas d’usage de la facturation électronique : de quoi parle-t-on exactement ?
Les 44 cas d’usage de la RFE décrivent les différentes situations possibles d’émission, de réception et de gestion des flux de facturation électronique.
Ils s’inscrivent dans un cadre défini par la norme XP Z12‑012, qui précise :
- Les formats de facture conformes à la réglementation (ex : Factur‑X / EN16931),
- Les données à transmettre à l’administration fiscale,
- Les statuts de facture et leur échange entre Plateformes Agréées.
Concrètement, ces cas d’usage servent à :
- Structurer les informations d’une facture,
- Suivre son cycle de vie (envoyée, reçue, refusée, payée…),
- Définir les fonctionnalités minimales attendues des Plateformes Agréées,
- Distinguer les obligations des Plateformes Agréées et les bonnes pratiques côté entreprise et éditeurs.
Ils se regroupent en trois grandes catégories :
- Cas nécessitant des règles spécifiques pour les données de facture (informations complémentaires, structuration particulière)
- Cas impliquant des tiers (prestataires, intermédiaires, tiers payeurs, etc.)
- Cas qui modifient le cycle de vie de la facture (refus, litige, facture rectificative, avoir, etc.)
Ces cas ne sont pas des « fonctionnalités commerciales ». Ils constituent un cadre réglementaire et opérationnel.
Dans de nombreux projets ou appels d’offres liés à la facturation électronique, une question revient souvent : « Supportez-vous ce cas d’usage ? ». Cette question est généralement posée aux éditeurs, intégrateurs ou cabinets qui accompagnent le projet. Pourtant, elle entretient une confusion fréquente.
En réalité, un cas d’usage ne se résume pas à une capacité technique de la plateforme. Il implique aussi des choix métier, contractuels et organisationnels propres à chaque entreprise.
La confusion vient du fait que deux niveaux de responsabilité se superposent :
- Le rôle de la Plateforme Agréée, qui assure la conformité technique, les contrôles et la transmission des flux
- Les responsabilités de l’entreprise émettrice ou réceptrice, qui doit qualifier l’opération, choisir le bon document et définir ses règles de gestion
Comprendre cette distinction permet de mieux interpréter les 44 cas d’usage et d’éviter de mauvaises hypothèses dans votre projet de facturation électronique.
Les 44 cas d’usage de la RFE : tableau de référence
Voici les 44 cas d’usage de la réforme de la facturation électronique présentés sous forme de tableau.
| N° | Cas d’usage |
| 1 | Multi-commande / multi-livraison |
| 2 | Facture déjà payée (acheteur ou tiers) |
| 3 | Facture à payer par un tiers connu |
| 4 | Paiement mixte acheteur + tiers |
| 5 | Frais collaborateurs avec facture |
| 6 | Frais collaborateurs sans facture |
| 7 | Paiement via carte d’achat |
| 8 | Facture à payer à un tiers (affacturage…) |
| 9 | Tiers gestionnaire commande + facture |
| 10 | Tiers inconnu à l’émission (subrogation) |
| 11 | Facture reçue par un tiers pour l’acheteur |
| 12 | Intermédiaire transparent acheteur |
| 13 | Sous-traitance avec paiement direct |
| 14 | Co-traitance B2B |
| 15 | Achat par un tiers pour l’acheteur |
| 16 | Facture de débours |
| 17a | Intermédiaire de paiement (marketplace) |
| 17b | Intermédiaire + mandat de facturation |
| 18 | Notes de débit |
| 19a | Facturation sous mandat |
| 19b | Auto-facturation |
| 20 | Facture d’acompte |
| 21 | Facture finale après acompte |
| 22a | Escompte (prestations) |
| 22b | Escompte (biens) |
| 23 | Auto-facturation B2C |
| 24 | Arrhes |
| 25 | Bons et cartes cadeaux |
| 26 | Clause contractuelle spécifique |
| 27 | Tickets de péage |
| 28 | Notes de restaurant |
| 29 | Assujetti unique (groupe TVA) |
| 30 | TVA déjà collectée (B2C → facture) |
| 31 | Facture mixte |
| 32 | Paiements mensuels |
| 33 | TVA sur marge |
| 34 | Encaissement partiel / annulation |
| 35 | Notes d’auteur |
| 36 | Secret professionnel / données sensibles |
| 37 | Sociétés en participation |
| 38 | Sous-lignes de facture |
| 39 | Multi-vendeurs |
| 40 | Compensation / netting |
| 41 | Barter |
| 42 | Détaxe |
| 43 | E-reporting B2B international |
| 43a | Opérations triangulaires |
| 43b | Transferts de stocks intra-UE |
| 44 | Transactions DROM / COM / TAAF |
Cas d’usage RFE : ce que prend réellement en charge la Plateforme Agréée
Lorsque l’on analyse les 44 cas d’usage de la facturation électronique, une question revient souvent : quelle partie est réellement gérée par la Plateforme Agréée ? Dans tous les cas d’usage, la Plateforme Agréée intervient principalement sur la dimension technique et réglementaire du flux.
Elle prend en charge :
- Le respect des formats réglementaires (ex : Factur‑X, EN16931)
- Les contrôles de conformité attendus par le dispositif
- Le transport et la transmission des flux de facturation
- La traçabilité des échanges
- La sécurité des données
- L’archivage selon le périmètre contractuel
Autrement dit, la Plateforme Agréée garantit que la facture circule dans le bon format, au bon moment et vers le bon destinataire.
En revanche, elle ne peut pas intervenir sur les décisions métier qui déterminent quel document doit être émis et dans quel contexte.
Cas d’usage RFE : ce qui relève de votre organisation
Pour chacun des 44 cas d’usage, l’entreprise conserve une responsabilité importante. Une fois le cas d’usage identifié (facture avec acompte, auto‑facturation, facture multi‑commandes, etc.), c’est l’organisation interne de l’entreprise qui doit déterminer comment cette situation doit être traitée.
Autrement dit, la Plateforme Agréée gère la circulation technique de la facture, mais l’entreprise doit définir les règles de gestion associées à chaque cas d’usage.
Concrètement, pour les cas d’usage qui concernent votre activité, votre organisation reste responsable de :
- Qualifier juridiquement et métier l’opération
- Choisir le type de document à émettre (facture, avoir, note de débit…)
- Définir le niveau de détail des informations à transmettre
- Appliquer les règles contractuelles prévues avec vos partenaires
- Gérer les données sensibles ou confidentielles selon votre secteur
- Définir les workflows internes de validation
- Organiser les règles de rapprochement entre commande, livraison et facture
Par exemple :
- Dans un cas d’usage d’auto‑facturation, l’entreprise doit définir les accords contractuels et les règles de validation
- Dans un cas de facture multi‑commandes, elle doit organiser les règles de regroupement dans son ERP
- Dans un cas de facture déjà payée, elle doit qualifier la situation (acompte, solde, tiers payeur…)
Autrement dit, la Plateforme Agréée traite le flux, mais l’entreprise décide du contenu, du contexte et de la logique métier associée à chaque cas d’usage.
Faire le point sur mes cas d’usage
Exemples de cas d’usage RFE : qui fait quoi ?
Voici trois exemples qui illustrent à la fois la responsabilité de la Plateforme Agréée et de votre entreprise.

Notes de débit
La Plateforme Agréée peut transmettre un document conforme.
Mais la décision d’émettre une note de débit dépend de vos pratiques contractuelles et de votre organisation interne.

Factures multi‑commandes ou multi‑livraisons
La Plateforme Agréée peut transporter une facture correspondant à plusieurs commandes ou livraisons.
En revanche, la structuration des références dépend de votre ERP, de vos règles de regroupement et de votre organisation logistique.

Facture déjà payée à l’émission
La Plateforme Agréée peut transmettre la facture. Mais son interprétation dépend de votre contexte métier :
- Acompte
- Solde
- Tiers payeur
- Auto‑facturation
La plateforme assure donc la conformité et la transmission, mais elle ne qualifie pas la situation métier.
Cas limites ou « non cas d’usage »
Certains cas ne posent pas de problème technique, mais relèvent avant tout d’une problématique d’organisation. Ce sont les « non cas d'usage » :
- Factures multi-commandes / multi-livraisons
- Factures déjà payées (ex : tiers payeur, acompte)
- Notes de débit
- Clauses contractuelles particulières
- Documents avec données sensibles ou soumis au secret professionnel
Dans ces situations, la plateforme peut techniquement transporter la facture. Mais la réelle question porte sur votre capacité à définir le bon document, le bon niveau de détail et le bon traitement interne. Ce n’est pas un sujet plateforme, c’est un sujet entreprise.
Ce qu’il faut retenir
Pour bien gérer vos cas d’usage dans le cadre de la réforme, la clé est de clarifier les rôles :
- La Plateforme Agréée vérifie, transmet et archive
- L’entreprise qualifie, décide et assume
Sur ce point, la plateforme assure la conformité, la sécurité et le transport. En revanche, la qualification métier/juridique et les règles de gestion relèvent de votre organisation.
Notre accompagnement pour vos cas d’usage
Chaque organisation présente une combinaison spécifique de cas d’usage.
Nos experts vous accompagnent pour :
- Comprendre les impacts des 44 cas d’usage sur votre activité
- Identifier les points de vigilance propres à votre organisation
- Clarifier la répartition des responsabilités
- Sécuriser votre approche globale du projet RFE
Nous adaptons notre niveau d’intervention à votre besoin : analyse ponctuelle, cadrage global ou accompagnement structuré. Notre objectif est de vous aider à aborder la réforme avec une vision claire, structurée et sécurisée.